
Valentine Gauthier s’avance vers moi et… Je ne me souviens plus, lui ai-je tendu la main ou la joue? Tu vois c’est cette maudite mémoire de poisson rouge qui a encore frappé. Rapidement évoquée comme point commun entre la brune créatrice et moi, cette mémoire XXXS ne s’applique heureusement qu’à des détails dont on se contrefout. Revenons donc au nerf de la guerre, sans s’éloigner ni du milieu marin ni des détails plus qu’importants, eux, que Valentine sait sublimer et rendre déterminants sur ses vêtements poétiques et enchanteurs (j’avais adulé sa collection précédente).
Le milieu marin, le nerf de la guerre? Oui. « Ma collection automne hiver 09-10 s’appelle Whisper Whale« , me dit Valentine Gauthier tandis que je tâte avec bonheur une robe-plastron aux plissés fanons bleu de mer de nuit. « Elle s’inspire des vikings, mais bon, viking ce n’est pas très évocateur » (si, si, de Thorgal, mais non), « je préfère le terme anglais Fishman« (littéralement donc: homme poisson) « qui désigne mieux la relation terre-mer que ces pêcheurs vivaient « . Et qui explique les nuances minérales d’une part et océaniques, de l’autre, des modèles… « J’ai vu DR9 (Drawing Restraint 9) de Matthew Barney qui se déroule sur un baleinier et dont l’univers visuel a rejoint mon intérêt pour ces peuples du grand nord, notamment au travers de robes en peau de chèvre et de l’omniprésence du monde animalier« . Toutes choses retraduites par Valentine sous forme de chevrons de différentes couleurs (façon blason barbare) sur une veste en cuir, de rythmes géométriques appliqués reprenant les taches de l’orque sur une robe aux manches kimono. Ou encore, via ces gilets en chèvre coupés à cru qui réchauffent une robe bustier cloutée de rivets cuivrés posés suivant le motif des bosses de la gueule de la baleine… Onirique et travaillé, j’adore.

-Moi, (passant presque du coq à l’âne): « Mais, dis donc, tu as quelque chose avec les animaux, non? Quel est le sens de ces ailes stylisées présentes dans toutes tes collections (de l’ailette délicate posée sur une bretelle aux ailes arrières et olympiennes de bottes camarguaises)? »
-Valentine Gauthier: « J’ai été lauréate du Festival de Dinard grâce à un blouson aux épaules superlatives et ailées. Depuis, c’est ma marotte, mon signe distinctif, mon porte bonheur. On dit parfois, aussi, que je ressemble à un oiseau. Et puis j’ai fait auparavant une licence de géo/ethnologie avec une spécialisation pour la faune et la flore amazonienne. Et puis je vais souvent au Musée d’Histoire Naturelle apprendre tout du plancton. » Nous continuons, passant ainsi de ses préoccupations pour une mode éthique, de son rapport aux artisans en voie de disparition, de sa rencontre avec un stock de denim issu des 70′s, de la cuisine à la crème meilleure que les graines germées…
Je suis subjuguée, voilà une créatrice qui brasse large pour trouver l’inspiration, évitant ainsi les écueils du formatage de la tendance bien pensante. D’ailleurs, se sentant trop à l’étroit dans son atelier maison, dans lequel elle reçoit son monde de créateurs tout azimut (photographes, architectes, artistes), Valentine me promet l’ouverture prochaine (en mars, Paris 3) d’une VRAIE boutique, bon, mais qui sera aussi un lieu de création, d’exposition, pourquoi pas et avec une cabine d’essayage comme un cabane. « Je kiffe les cabanes« . Et moi, je te kiffe.
En vente online chez Ayamee ou en boutiques, ici.
Crédits photos: collection hiver 09/10, tldproductions et collection été 09, Maja Daniels.
Le 16 mai 2013 - Dans Be my guest (concours)