Tabula rasa

C’est rigolo. Les temps de crise liés à une conscience écolo de plus en plus intégrée et une tempérance consumériste de bon aloi voient fleurir des tonnes de « bonnes idées » pour recycler et ne pas dépenser un rond. N’oubliez jamais pourtant qu’il y a un gouffre sans fond entre les designers qui ont l’œil et la papatte bien formés (de Jasper Morrison au collectif Droog Design) et nous, nous, simples bricoleurs du 1er dimanche de septembre, prompts à transformer une bouteille de Sancerre épuisée en pied de lampe monstrueux.

D’ailleurs, cette différence entre eux et nous réside notamment dans le concept. Pour exemple, cet amusant et ludique porte-manteau issu d’une chaise d’enfant sectionnée puis suspendue (oui, hardcore), dont le collectif Junktion Backrest Hanger est l’auteur. À présent, regardez l’autre partie de l’image immortalisant un jour comme les autres (pas trop chargé) dans ma chambre. Entre les deux: pas de gain de place, pas de gain esthétique (une fois la chaise recouverte de vêtements, hein, c’est le même bordel), rien sauf l’idée. CQFD.
Des idées, on en trouvera (à appliquer ou pas selon le talent) dans cet ouvrage: REMAKE IT 500 IDEES DESIGN POUR RECYCLER MEUBLES ET OBJETS, Henrietta Thompson, Illustrations de Neil Whittington, Thames and Hudson, 28 €. Parution : 7 octobre 2010
Ou pour ceux qui ignorent Perec (comme disait une amie d’antan : « quelle chance, tu vas pouvoir découvrir »), des livres et nous. Ainsi, ce récit-album comme j’aurais rêvé le faire, collectionnant les objets d’un couple de leur rencontre à leur fin annoncée, au travers d’une note de restaurant, à la première brosse à dent laissée chez l’autre, puis la garde de robe, les bibelots achetés en commun. Bref au travers d’objets clefs et de vêtements et de papiers et de bijoux, souvent dérisoires, catalogue du quotidien, le parcours d’une relation, un peu clinique (parce que l’on met à distance ce qui nous touche, pour notre bien, croit-on), un peu cynique, drôle et touchant, je vous le vends. Un livre où chacune se reconnaitra, poétiquement. Ça fait du bien, joliment et l’air de rien pose la question du matérialisme dans nos relations, aussi… Puisque à chaque item est associé un prix, prix d’une vente aux enchères d’un temps qui fût cher, on brade le bonheur, haha. Passons à la suite.
Le 26 octobre 2011 - Dans No Way ou Yeeaaah ? (#235)