Yves, maintenant!
« J’ai toujours dit qu’il fallait transformer les souvenirs en projet« . C’est l’accroche-citation-les mots d’Yves Saint-Laurent qui signent la page Facebook de la Fondation Pierre Bergé/ YSL. En visitant la pas-du-tout nostalgique exposition Saint Laurent Rive Gauche sise à la fondation, donc, je me suis interrogée sur ce rapport au temps entretenu par les créateurs de mode. Temps qui passe, air du temps, prévision, prescription, temps passé… Castelbajac, à l’orée de son très beau défilé auquel j’assistais (par chance et par amitié) déclare, en gros, que seul l’avenir le passionne. Via le passé. Sa collection onirique s’inspire sans vergogne de l’univers surréaliste de Man Ray, transposant magnifiquement les gravures noir et blanc et le soutif ganté, le col mains-je-t’étrangle sorti d’un cabinet bizarre de l’époque, moderne et assumé. JCDC pourrait ainsi prouver avec brio la pérennité de la phrase. Sauf que.
Sauf que. Dès l’entrée de l’exposition, la première boutique de prêt-à-porter du maitre re-mise-en-scène, on se prend en pleine poire une vidéo d’époque expliquant le processus. « Scandaleux, les prix de la haute couture » pour cette femme moderne de 1966. Le bel et jeune Yves se livre, sensible et visionnaire comme d’hab’ et continue, à la question de l’intervieweur: « quel est le futur de la mode? », le sage créateur répond: « le futur ne m’intéresse pas, le présent, oui, seul le présent m’importe« . En gros. Choc. À l’heure où la tectonique des plaques modesques n’en peuvent mais de leurs séismes, où chacun cherche sa postérité, YSL, bin, est tellement juste.
Visitez la trop rapide exposition du concept Rive Gauche. Trop rapide, parce que l’on souhaiterait obtenir la DeLorean back to the future et y rester. On y découvre les collections de 66, bien-sûr totalement désirables et actuels. Les souliers, parfaits, et sans cette course au trop-haut récente et bling, des souliers admirables et portables au jour le jour. Bon, je ne sais pas vous, mais je veux être Catherine Deneuve dans Belle de Jour et c’est tout.
Ah et aussi, on dit que Pilati va, lui aussi, quitter YSL. J’aime Pilati. Au présent. Pour le Manifesto et pour tout le reste. Et ces sandales? Parfaitement maintenant: 750 €, chez Net-à-Porter. Je sais.
SAINT LAURENT rive gauche
La révolution de la mode
du 5 mars au 17 juillet 2011,5, avenue Marceau, 75116 Paris
Tél. +33 (0)1 44 31 64 00
Espace d’exposition
3, rue Léonce Reynaud, 75116 Paris
Ouvert du mardi au dimanche, sauf jours fériés
de 11h00 à 18h00 (dernière entrée à 17h30)
Accessible aux personnes handicapées
Tél. +33 (0)1 44 31 64 31.
Ok, les gars, on pourrait vous croire réfractaires à la modernité si, parisiens, vous ne vous rendiez pas ce weekend au grand événement TAG en plein air de la saison. On ne veut pas, hein, vous croire réfractaires.
Tout le monde va en parler, certes, mais tu vois, je prends un plaisir tellement plus infini à écrire quelques mots sur Fellini que sur Bardot (qui s’expose version années glorieuses, belle quoi, actuellement). Donc.
Vous vous attendiez à ce que je parle de
Vénéré
Souvent citée en référence (et directement dans la forme) par les stylistes actuels, Madeleine Vionnet ne nous est pas inconnue. De nom. On sait d’elle, parfois, qu’elle fût à l’avant garde de la couture d’entre deux guerres, tirant la mode vers ce qu’elle contient de plus artistique. On sait, rarement, qu’elle quasi inventa la coupe de biais, le biais et le drapé, libérant le corps féminin, enfin prêt à se mouvoir. Et moi, de mon côté, j’ignorais qu’elle mit en lumière ses robes sous un jour presque radiographique, révélant des structures squelettes sous des transparences divines. Bref, les Arts Décoratifs propose une grande expo rétrospective sur Madeleine Vionnet et on se réjouit de découvrir une immense créatrice au delà du name dropping habituel…
Encore, des corps, décor. Lyrisme cru de l’instantané pas si figé mis-en-scène. Les photographies de Pierre Andreotti ont pour thème jouissance et érotisme. C’est mystérieux et sourd comme chez les maitres flamands, Rembrandt vivant son premier orgasme, et blafard, parce que, bin, le sexe. Tiens, laisse-moi citer Benoîte Bureau, parce que moi je suis embarrassée. Non, pas par le sujet mais parce que je suis le beau et troublant travail de Pierre depuis, euh, toujours. Et j’en suis remuée. Allez Benoite, à toi (ah, non, elle, je ne la connais pas personnellement): « Mises en scène, ces photos donnent pourtant à voir quelque chose des extases ordinaires: elles disent que les attitudes passionnelles qui nous apparaissent les plus intimes sont tributaires des représentations auxquelles nous sommes soumis, que nos corps se plient à des images. »
À Beaubourg s’ouvrait hier soir l’exposition Elles @ centrepompidou… Se targuant d’un titre, que je trouve assez à côté de la plaque, le musée propose une gigantesque présentation d’œuvres exclusivement féminines (réalisées par des femmes). Des collections modernes aux salles ultra contemporaines de la fin (où la question du genre ne semble pas toujours devoir être évoquée), c’est une histoire de l’art des femmes que nous traversons (compter au moins 2 heures, on ne traverse pas le siècle en 3 secondes). Amusant, hier soir au vernissage, de croiser toutes ces femmes brushées, en robe de soirée et étole, talons hauts et maquillage de gala (Yves Rocher est mécène de l’événement) + Miss France! confrontées dans certaines salles aux critiques militantes et violentes concernant l’image mâle de la belle femme et le joug masculin de la représentation. Comme une antithèse en direct, du cliché sur pattes 2009 face à la revendication libre, mmh, d’il y a parfois plus de trente ans. Bin oui, ça prend du temps et surtout ne lâchez rien.
Le 26 octobre 2011 - Dans No Way ou Yeeaaah ? (#235)