Amis graphistes
On connaissait la blague de graphiste ( »Tu vas à Gif sur Yvette? C’est une ville animée »), voici le soulier de graphiste. Dans ma bouche ceci n’a rien d’insultant, ni de communautariste, d’ailleurs. (En ce qui concerne le chaussant, parce que pour l’humour, c’est une autre paire de manche). Allez, j’aplatis le propos. Tout commença pour United Nude avec le succès étonnant du modèle Möbius (155 €). Pour tout vous avouer, je ne connaissais pas cette marque et encore moins cette sandale (qui se décline du plat au très haut, du coloré pop au reptile grisé). En revanche, tu penses bien que Möbius, je connaissais. Pas le polymorphe auteur de bédé, mais le mathématicien à qui le précédent emprunta son pseudo, t’as suivi? Nan? Bin voilà, c’est le principe du ruban de Möbius: une seule face que l’on n’arrive pas à suivre, parce qu’elle est vrillée. Scrute de ton regard perçant d’aigle l’image ci-dessus: une chaussure, oui, réalisée comme une seule bande qui s’enroule sur elle même et se tord.
Concept : magnifique, application esthétique de la vraie vie : zéro.
Mais attends. C’est que j’ai découvert par la suite la nouvelle collection. Et là, j’ai trouvé des chaussures tout à la fois prouesse d’architecture, humour graphique (encore) et en ce qui me concerne, soudainement très portables. Portables pour les jours non frileux du style, j’entends bien.


Des souliers qui renvoient à une force de caractère et à une singularité créative qu’on se voit ravi d’afficher.
Stealth 4 Strap, 195 €, Frame, 365 €, Cup X Sandal, 155 € et Lo Res (c’est ça! Comme dans low resolution, je kiffe), 185 €, le tout chez United Nude.
Crédit photos: United Nude.
Oui, bon, le titre, hein. D’accord, alors, aujourd’hui nous revenons exaltés vers le soulier pensé comme un meuble. Ou comme un immeuble d’ailleurs. Architecture me revoilà, l’idée n’étant pas d’assortir sa table basse à ses chaussures, non, mais de se vanter de porter des bottines comme on habite dans une maison Frank Gehry. Toujours pareil: j’aime regarder leur forme, la pointe toute à la fois plate et effilée comme le nez d’un avion, le talon, évidemment, le talon qui s’emboite et semble déséquilibrer l’allure et finalement assied au cordeau l’ensemble… De là à les porter, bon, bah.
Alors quoi? Parce que moi aussi j’ai cédé à l’appel du large et des formes capes, droites ou boules, abat-jours de l’air du temps je ne pourrais garder l’œil et une concupiscente tendresse pour les vêtements sculptés, dessinés, architecturés au cordeau?

Le 1 septembre 2010 - Dans No Way ou Yeeaaah ? (#188)