Funny games
Allez, oh, décrochez doucement du est-ce que je peux/veux le porter? pour glisser sans dommage vers l’appréciation stylistique et intellectuelle, ça ne te fera pas de mal et soulagera quelque peu ta compulsion. Pense un peu moins à tes pieds et récupère ton cerveau, deux minutes. Non pas que ce soit vraiment antinomique. D’après moi, il n’y a même jamais eu divorce et ce qui nous stimule le cervelet nous rend plus sexy, énigmatique, pertinente de la beauté. Alors, voilà. Benoit Méléard en est l’emblème typique. Un garçon qui se pose des questions sur la forme et revendique un hommage appuyé à l’expérimentatrice Beth Levine, mais pour sa capacité d’expérimentation et pas dans un copié collé béât d’admiration plate, gagne à être connu. Beth Levine aussi, d’ailleurs, pour une minute esthète de Madame Encyclopède.
Donc quoi, la bride Salomé n’épouse plus le coup de pied et trace d’une ligne parfaitement tendue la distance nombre d’or des orteils à la cheville. Oui alors, je les entends revenir au galop comme l’étalon en Camargue, les remarques acerbes du genre « c’est pratique tu peux y coincer le paquet de clopes ». Je n’écoute pas et dis juste: bondage arty, nouveaux volumes dessinés par le vide, brillant et drôle, dadame bien corrigée.
Et puis, bon, on se rassure tous en cœur de pouvoir malgré tout porter (en vrai) ces souliers conceptuels: une partie de la collection Manifeste de Benoit Méléard est un peu moins radicale et s’achète allégrement au Bon Marché et chez Franck et Fils, autour de 360 €.
Photos : Iniaki/ Totem.
On connaissait la blague de graphiste (« Tu vas à Gif sur Yvette? C’est une ville animée »), voici le soulier de graphiste. Dans ma bouche ceci n’a rien d’insultant, ni de communautariste, d’ailleurs. (En ce qui concerne le chaussant, parce que pour l’humour, c’est une autre paire de manche). Allez, j’aplatis le propos. Tout commença pour 

Oui, bon, le titre, hein. D’accord, alors, aujourd’hui nous revenons exaltés vers le soulier pensé comme un meuble. Ou comme un immeuble d’ailleurs. Architecture me revoilà, l’idée n’étant pas d’assortir sa table basse à ses chaussures, non, mais de se vanter de porter des bottines comme on habite dans une maison Frank Gehry. Toujours pareil: j’aime regarder leur forme, la pointe toute à la fois plate et effilée comme le nez d’un avion, le talon, évidemment, le talon qui s’emboite et semble déséquilibrer l’allure et finalement assied au cordeau l’ensemble… De là à les porter, bon, bah.
Alors quoi? Parce que moi aussi j’ai cédé à l’appel du large et des formes capes, droites ou boules, abat-jours de l’air du temps je ne pourrais garder l’œil et une concupiscente tendresse pour les vêtements sculptés, dessinés, architecturés au cordeau?
Le 3 février 2012 - Dans Marie’s Box (#concours)