Revue de Web n°53 : McQueen is Dead
Lee Alexander McQueen est mort jeudi 11 février, laissant le monde de la mode sous le choc. Chacun tente de rendre hommage à sa façon, érudite ou néophyte, à l’irrévérence punk et géniale du grand créateur anglais… Curieusement, les réactions furent légion sur FaceBook et Twitter le jour du drame mais laissent place à une blogosphère que l’on souhaitait bras tendu et l’arme à l’œil et que l’on découvre sage, sobre, presque factuelle voire absente sur le sujet… (On passera sous silence les charognards qui n’ont eu de cesse de se vautrer dans les détails morbides de l’affaire). À croire que seuls des blogs collectifs ou journalistiques se sont risqués à l’hommage.
On passera tout d’abord par la case PureTrend, pour plusieurs raisons: 1/ Une bio simple et efficace y retrace le parcours du Bad Boy le plus fantasque de sa génération, 2/ un papier de Paquita Paquin qui commence par cette belle tirade: « Quand d’autres rabâchent toujours le même discours, Alexander McQueen n’avait pas encore fini sa phrase » mérite le détour, et enfin 3/ on y trouve une évocation de McQueen illustrée par une des deux moitiés des BeSnobettes, This is not a Love Song.
Pour Darkplanneur, Eddy Ambimbi nous égrène le chemin de l’insolent Alexander. Mais tout le monde a les mêmes sources et le défilé biographique ressemble chez la plupart à la même dépêche AFP, à peine améliorée. C’est bien cette admiration et ce ton cérémonieux et respectueux, mais enfin, on parle d’Alexander McQueen, là, on voudrait un peu de rock n’ roll. Ok, le titre fait référence à un grand morceau des Sex Pistols, c’est un début. Timide, quoi. Ah, on parle de Lady Gaga et de Björk, ça va démarrer? Ça va devenir lyrique, grand, musical? Non. Bon.
Rien de bien rock’n'roll non plus chez Geek & Destroy et GennyBeauté. Sans intérêt si ce n’est pour revoir quelques créations de McQueen, notamment sa version d’Alice de Lewis Carroll (en vitrine du Printemps), ses amitiés avec SJP et Naomi, ses chaussures si singulières et particulièrement cauchemardesques pour les mannequins, déjà coiffées de cornes…
On s’épargnera également de vérifier la conséquence logique d’un tel décès, ou alors en coup de vent sur E24 : les fashionistas se ruent dans les magasins pour du McQueen. Les clients veulent « acheter quelque chose de lui, n’importe quoi, pour garder un souvenir, mais aussi comme un véritable hommage à son art », souligne Anne Pitcher, directrice des achats chez Selfridges. Out of stock everywhere.
Décès par pendaison. Dans son dressing. Une précision que n’ajoutera pas Mode Opératoire à l’hommage rendu au créateur sur son blog. Dans les commentaires, certaines s’offensent « du choix des mots et de la ponctuation qui mettent bien en exergue le côté macabre du décès et qui insistent peu sur le génie de l’artiste. C’est dommage, on dirait qu’il n’est question que de faire du « sensationnel ». On vous laisse juger des 6 lignes soi-disant déplacées de l’auteure… Le mieux est de se taire, et de regarder ensemble le défilé associé au billet.
Ou d’aller lire L’extravagance légendaire d’Alexander McQueen en 10 Commandements. Sur Ykone.
Antigone Schilling (plume acérée bien connue des services de la mode et du journalisme associé), sur L’Anti Blogue, elle, sait nourrir de chair et de sensibilité et de fougue le déroulé d’une vie qu’on a failli croire plate en le lisant ailleurs. Elle (Antigone) a certes l’avantage d’être tellement en place (et depuis un petit moment) qu’elle a assisté à tous les shows du maitre McQueen et l’a côtoyé. Ce qui n’est pas donné à tout le monde, c’est sûr, mais l’auteure ne la ramène pas (trop) et sait s’effacer derrière l’hommage. Life must go on…
…And Show must go on.

















Le 9 février 2012 - Dans Style Scrapbook for Kipling (again!)