Dépêches Modes

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Le 10 février 2010

FuturIstanbul (day 4)

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ozgur-masurAutre « rapport » sur la fashion week d’Istanbul, à rebours (et à la bourre)… Au cours du défilé dédié aux jeunes créateurs, j’ai découvert Özgür Masur. Le jeune homme, après avoir mené des études d’éco à l’université de Marmara puis exercé son métier de consultant marketing pour diverses marques et bien, se lance, poum, en 2008, crée sa marque et devient styliste. Depuis 4 boutiques abritent ses collections féminines et graphiques, en Turquie. Autant dire que ça va vite. Et que l’on peut parier sur un beau succès pour ce créateur timide et passionné (lors de notre rencontre). C’est tout le mal que je lui souhaite.

Özgür-Masur-2010-11-kı--(12)Détails origami, plissés à la Frank Gehry, strates et volumes de boucles, basques et faux culs viennent agrémenter dans une belle proportion des silhouettes conçues au cordeau, quand je vous parle du savoir-faire turc, hein! Inspirée de la tragique histoire de Bergen, chanteuse turque défigurée à l’acide par son mari jaloux, la collection joue sur l’idée de prothèse (à l’instar de la mèche de cheveux de la star, camouflant l’horrible brûlure) et revendique la défense de la liberté de la femme. Qui a dit pays moderne? Cette collection se nomme de fait Protez-Sto (prothèse/protesto).

Özgür arborant le tee effigie de Bergen (et "la PR de la mode Istanbuliote", à ses côtés)

Özgür arborant le tee effigie de Bergen (et "la PR de la mode Istanbuliote", à ses côtés)

Bref, on attend évidemment la possibilité d’acquérir ces belles pièces ici, Paris, France.

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Le 9 février 2010

Istanbul à facettes (day 5)

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elaidi-shoesBel(le) et bien de retour de mon trip stanbouliote, je n’en ai pas pour autant fini mon rapport. Celles et ceux qui ont suivi, se questionneront sur ce saut du 3ème jour au 5ème, pas d’impatience, demain la navette spatio-temporelle reviendra sur le 4ème jour et la boucle sera bouclée. Mais en ce mardi I Love Shoes, il m’était difficile de ne pas aborder le thème du soulier turc. C’est vaste et effrayant annoncé ainsi. On est bien d’accord: je ne fais qu’aborder le sujet, au détour de deux focus relativement antinomiques et pourtant.

Au défilé d’Elaidi, j’ai adoré l’idée de la double guêtre. Qu’est-ce à dire? Représente-toi, tiens, une tranche napolitaine. Sur le pied: des boots à talons et en daim. Sur les boots: une guêtre en maille contrastée, bien tendue en ligne droite sur la base du talon. Sur la guêtre en maille: une guêtre zippée sur le devant, revers à l’envi, en daim coordonné. Comme un manteau habillant le pied. Joli et inattendu avec des guibolles bien élancées, on n’a pas de mal à voir tous les avantages pratiques de l’affaire en ce jour enneigé et froid à Paris. À suivre, donc.

bottes-brodéesDans un tout autre genre, j’ai aperçu dimanche dans un petit bazar à Sultanhamet des bottes brodées assez attirantes. Pas forcément portables, ok, mais en imaginant un brin de modernisation du propos et disons, une silhouette baroudeuse cool de chez Isabel Marant, j’y vois du potentiel. Dans ce même bazar, j’ai vu une couronne (serre-tête) de fleurs passementerie brodées et un foulard à brandebourgs multicolores qu’aucune fashionista ne renierait. Tout ça pour dire que l’on peut regretter un poil l’absence de références du passé ou des cultures locales dans la création turque qu’il nous a été donnée à voir… Bon, à suivre, aussi.

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Le 6 février 2010

Istanbul (de flipper qui roule, day 3)

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Misela: la créatrice, sa sœur et ses sacs...

Misela: la créatrice, sa sœur et ses sacs...

Avant hier, enfin l’autre jour matin, je suis un peu perdue dans les trous inter-temporels à la turque, nous avons rencontré Misela, créatrice d’une ligne de sacs en cuir reptile et métaux cotte de maille.

Au moins ne neige-t-il plus...

Au moins ne neige-t-il plus...

Allez, parenthèse: de ce qui nous est donné à voir, des défilés aux heureuses découvertes de créateurs off, un ensemble assez inégal dans l’ensemble et pas toujours mature, ce qui saute aux yeux, c’est le savoir faire. Que les formes et le style soient aboutis ou moins, le façonnage, le travail des cuirs, la qualité des tissus sont exemplaires. Y compris chez les moins connus. D’ailleurs, je suis très tentée de tirer une conclusion sans doute hâtive: c’est la haute maitrise de la fabrication qui incite peut-être la création turque à s’ébattre dans les volumes architecturés et les constructions a priori virtuoses. Et pas l’inverse. Contrecoup du grand savoir faire: tout le monde fait un peu la même chose. (Sauf Arzu, Asli, etc, dont je vous parlais ici). Et d’autres perles dont je vous parlerai très vite.

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Le 6 février 2010

Artistanbul (Day 2)

lipsticks
Aslifilinta. La délicieuse surprise…

Retour quelques temps en arrière: au Who’s Next, en compagnie de comparses aux beaux blogs (Mots de Mode, So Black Tie, Bloc Mode et Miss Glitzy), je restais en arrêt (tel le cran ou le chien de chasse) devant une impertinente petite jupe dont le creux de la taille et des reins accueille une bouche toute rouge. Lipstick pour les dames. J’en rêve et puis j’oublie, c’est la vie. Avant hier on nous propose de rencontrer quelques créateurs représentés par L’Appart (le bureau de presse brillant et franco-turque qui nous accueille à Istanbul).

L'Appart à istanbul. Tous les show-rooms sont de superbes appartements, ici, en Turquie.

L'Appart à istanbul. Tous les show-rooms sont de superbes appartements, ici, en Turquie.

Dont la drôlissime et très poétique Asli Filinta et ses jupes au lipstick insolent! J’ai été vraiment ravie de rencontrer la prolixe et maligne créatrice, qui après des études d’économie en Turquie, s’est envolée le temps d’un cursus à la Parson’s School of New York (Fashion & Design), puis est revenue en terre turque pour monter sa marque. Seule à la barre (aidée par sa mère, sa sœur pose pour elle) Asli fait montre d’un univers fantasque, plein d’humour et super cohérent… On la voit arborer ci-dessus une jolie veste inspiration smoking, déchiquetée par des impacts de balles. Un jour Asli est partie au stand de tir et s’est servie de tees, gilets, vestes comme cible…robe-isla

Elle serait en vente dans une boutique du Marais (je précise très rapidement cette info), malheureusement ses créations sont assez chères, tout est réalisé à la main (et seule, je le rappelle). L’idéal serait qu’elle puisse prendre un essor suffisant pour constituer une équipe et faire baisser ses prix.

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Le 5 février 2010

Arzu et c’est tout (Day 2, morning)

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Arzu Kaprol Couture

Arzu Kaprol Couture

La dame dont je tente de vous parler depuis le premier jour de la fashion week (le premier défilé important du premier jour de la presque première fashion week à Istanbul) est Arzu Kaprol. Le défilé extrêmement maîtrisé déroulait la collection couture de la styliste. Arzu développe par ailleurs du prêt-à-porter, des accessoires, une collection Home, des collaborations stylistiques pour Bayman (en échange de quoi le groupe commercial prend en charge une partie de la production) et dirige une équipe d’une vingtaine de personnes dans son propre atelier.

arzu-showroom

Son mari l’a rejoint il y a trois ans à la tête de la maison (devant l’ampleur de la tâche et deux jumeaux en sus). Femme d’affaire au gant de velours artistiquement très douée, Arzu nous reçoit dans son showroom au lendemain du défilé. Showroom dont les larges baies vitrées donnent sur le Bosphore, vue superbe et onirique qui aurait motivé Arzu à créer sa dernière collection en 3 jours (et nuits). Mmh, on sait ce qu’on veut chez les Kaprol. Malgré le sentiment de travail acharné, les collections ne sentent bien heureusement pas l’effort. me-in-arzuLes cuirs souples découpés acquièrent une légèreté harmonieuse et organique, les volumes outrés ou raccourcis sont ouvragés tons sur tons de passementeries miroir, capes courtes, détails de transparence d’un gilet en tulle et cuir noir ont ravis mon cœur austéro-rock-poétique.

Pas encore diffusée en France (outre des bougies chez Franck et Fils), Arzu rêve d’être présente au Bon Marché et chez Colette. (Plusieurs grandes acheteuses de belles boutiques parisiennes étaient là ce matin, mais chut, on croise les doigts).

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Le 4 février 2010

Istan(red)bul (End of day 1)

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arzu-+santralJe vous laissais hier soir au début du défilé Arzu Kaprol. La grande star de cette fashion week, dans le sens où l’on ne sait toujours pas très bien pourquoi Dice Kayek en est absente (le ministre fût totalement langue de bois à ce sujet) est à la hauteur de sa réputation. J’y reviens dans deux minutes, mais je me rends compte que je ne vous ai pas présenté le site fabuleux où ont lieu les défilés et les fêtes d’après défilé. Il s’agit de Santralistanbul, l’ancienne centrale électrique de la ville avant que celle-ci n’explose son nombre d’habitants (presque 20 millions actuellement). Préservée dans son jus industriel aux relents cinégèniques de Metropolis et de Blade Runner, la centrale abrite aujourd’hui une université, un espace d’exposition pointu, des restaurants, etc.

Santral by night

Santral by night

Donc, pour résumer l’endroit est fascinant, brut, design, post chaos moderne, canon. Note: que ce soit aux défilés, au restau, dans l’ascenseur et puissance 12 dans les fêtes, la musique est constamment à fond. Genre on devrait nous distribuer des bouchons d’oreilles à chaque fois qu’on sort (enfin qu’on rentre, tu as compris). Sauf qu’on ne le fait pas, puisque c’est la norme apparemment de se rendre sourd dès que tu es un branché stanbuliote.

Santral (inside) pendant la fête

Santral (inside) pendant la fête

L’hypothèse serait que cette fashion week toute jeune (euh 7 mois d’existence, en fait) a tant à prouver, veut tellement s’imposer et n’ayant que sa fraîcheur pour le moment à revendiquer et bien, bascule dans une surenchère superlative pour compenser. C’est comme pour les femmes over dressed du public. Il faut se faire voir, se faire entendre (d’où explosion de décibels), coûte que coûte quand on n’est pas (encore) connu.

Comme quand, de nature timide, tu en fais des tonnes…

20h26: oui, alors le défilé Arzu Kaprol… Ce matin, lendemain du catwalk et de la fête, donc, visite au showroom de la grande dame du prêt à porter ET de la couture turque que je préfère vous dévoiler en un seul post demain.

20h32: attente pour le défilé Hakan Yildirim. Émeute de nouveau mais on a compris le truc, à force. Nous crions « L’Appart », bureau de presse qui est à la fois notre hôte et hyper influent sur l’événement. Ça marche au poil.

21h02: il semblerait que les formes ultra structurées, architecturées, ajustées et rehaussées d’épaulettes pointues démesurées futuristes ainsi que de basques volumineuses soient la panacée de la mode turque actuelle. Ah et le body pour sortir dans la rue. J’aime moins. Surtout le body sans rien MAIS avec basques.

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Le 3 février 2010

Istanbul rend maboul (Day 1 +++)

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istanbul-1Ah, alors, je vous préviens tout de suite, qui dit Fashion Week à Istanbul dit rythme jetlagué de publication. Enfin, en gros, je ne peux faire autrement que de publier en fin de journée et non pas à l’aube. Pourquoi? Parce que nous avons un programme et des envies extensibles et denses, parce que le temps semble édicter ses propres règles depuis mon arrivée. Parce que c’est la tempête de neige, ici, à Istanbul. Neige qui comme dans un beau roman d’Orhan Pamuk plonge la mégalopole dans une tangible mélancolie et un incommensurable bordel.

Et puis pas de wifi en dehors de la salle de presse… Bref, du défilé j’ai vu, un ministre j’ai entendu, deux créatrices géniales j’ai rencontré, Francesca de Mademoiselle j’ai retrouvé, de l’embouteillage j’ai parcouru, du froid j’endure et je mange très bien.

Je vous reparle de tout ça tout de suite, d’abord je repars à un défilé. (Le principe: revenir jusqu’à demain soir sur cette même note qui devrait s’étoffer tandis que la fashion week bat son plein et que j’attrape 15 minutes de connexion.) Il fait une heure plus tard ici qu’à Paris. Les journalistes français ne ratent pas l’occasion de le souligner à leur interlocuteur au téléphone pour glisser habilement qu’ils sont à Istanbul, Byzance, come on babe, en mode « je te rappelle la semaine prochaine ».

19h17: je ne souffre vraiment vraiment pas. Tout ceci est passionnant. Comment la Turquie qui fourmille de créateurs (ayant fait leurs premières armes à l’étranger et reviennent tous au bercail) est bien décidée à prendre une place de choix sur la scène fashion, par exemple. Et pas seulement pour doper ses exports, pas seulement pour s’imposer au moyen et grand orient.
Là, j’attends le début du défilé TUBA-EZRA. On est placé depuis un moment parce que l’évènement est très couru par le monde mode stanbuliote.

19h29: ça va. J’ai décidé de zapper le diner après ce show et avant Arzu Kaprol, qui est la super star du prêt a porter ici. Ça commence.
Du cuir du cuir du cuir. Ah non, finalement juste deux passages en cuir. Les aléas du direct, hein.

20h: Un défilé moins intéressant que celui de Gizia, en début d’aprème. Cette dernière marque ayant appris son Mugler par cœur m’a régalé de tailleurs à basques et prothèses textiles dorsales de couleurs électriques. La domina futuriste a encore quelques jours radieux devant elle.

20h51: Ai sauvé ma peau à l’entrée du défilé Arzu Kaprol d’un genre d’émeute de créatures trés habillées, très maquillées et très parfumées, qui souhaitaient de toute évidence me marcher dessus pour me signifier qu’avec mon jean je ne mérite pas d’entrer.
Mon jean et moi on est bien installés, maintenant que j’ai assommé ces femmes avec mon regard censé plutôt pétrifier, à l’origine de la stratégie. Y a des filles avec de jolis foulards sur la tête et d’autres, c’est sûr, sans soutien-gorge du tout. Plein de garçons ont gardé leur bonnet, eux.

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Le 2 février 2010

Departure from Paris…

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IFW10-imageChers amis, comme je vous le disais hier je suis à 23 minutes de mon départ pour Istanbul et son intense semaine de mode. Pour vous familiariser avec cette fashion week toute nouvelle et énergique (à l’instar du sursaut créatif et stylistique que connait la région), débutez par le site officiel: ici. Et sinon, j’essaierai de tenir le fil moderne de ce voyage étonnant et enthousiasmant que l’on me donne l’occasion de faire, sur FB (page BeSnob) et sur Twitter (http://twitter.com/BeSnob).

Bye, à tout à l’heure.