La cour d’école, le ring, à chacune son camp, support papier ou Web 2.0. pourquoi pas les deux ? Le débat qui fait rage, ou plutôt devrions-nous dire l’émeute qui rallume la flamme originelle de la blogo girly, c’est bien la guerre qui oppose les blogueuses mode au dernier numéro du magazine Glamour, et tout particulièrement à sa rédac chef Marie Lannelongue, qui , dans son édito, « ose » penser que le contenu des blogs mode est de plus en plus consternant, pour ne pas dire trop intéressé. Il y en a un autre, qui en prend pour son grade sur les blogs, c’est Gaël le Bellego, l’auteur de cette enquête effrontément titrée « Le vrai business des blogueuses de mode » (le papier et l’édito, scannés ici). Nous, comment dire ? On est partagées sur le sujet… Certaines « influentes » qui noient le poisson et jouent leur diva, ça existe et ça nous gonfle. Les blogueuses qui mettent du beurre dans les épinards voire plus grâce à la pub, tant mieux pour elles, pas de quoi cracher dans la soupe. La presse papier, jalouse des blogueuses ? Heu, bon, redescendez un peu les filles. Et si ce weekend, on prenait un peu de hauteur… Mais avant, place à la baston !
Violette fait la gueule après avoir lu cet édito aigri. On se range derrière elle quand on lit son droit de réponse sur son blog. Comment ? « Les blogueuses ayant créé leur paire de chaussures pour André (dont elle fait partie) auraient négocié 11% sur les ventes » si on s’en tient au papier de Glamour et WTF, Violette nous dit à nous, petites lectrices au pouvoir d’achat digne du mag (enfin presque, on fera genre, philo de la blogo mode : faire genre), que non, c’est seulement 5% qu’elle empocherait. Ce qui est intéressant, c’est sa note inspirée mais surtout les commentaires, et précisément la réponse de Gaël le Bellego, le journaliste derrière cette saloperie de buzz sans intérêt dont on parle comme des moutons abonnés à Ici Paris. Le garçon livre une réponse qui nous plaît, on vous laisse la découvrir. Au final, on se demande si on doit rire ou pleurer de voir autant de commentaires ci et là à propos d’un pet malin qui suinte la mauvaise foi de part et d’autre.
Hallucinant comme ce buzz (éclair, faut pas déconner) réunit la blogo qui se serre les coudes comme jamais. Nan mais t’y crois? Delphine reconnait être d’accord avec Violette (miracle de la guerre) et en passant souligne le goût prononcé d’hôpital se foutant de la charité que l’enquête glamourienne laisse en bouche. (Notons que Deedee aussi met en cause la retranscription de ses propos et de ses explications au sein de l’enquête…)
Mmmh, faut dire que le titre papier a tellllllllllllement fait parler de lui (euh, dans la blogo, ce microcosme), l’accroche bien putassière en couverture, que si l’on était mal intentionné, on pourrait le suspecter de racoler sur la voie publique pour attirer le chaland pas bien renseigné et prêt à (se) faire plaisir. Bon, bah, à 1€ et des brouettes la passe, faut pas s’attendre au 7ème ciel non plus, on débande vite, là.
Chez Mry, on salue l’excellent papier fédérateur de Géraldine Dormoy sur l’Express. On salue également les précisions de Violette lorsqu’elle comptabilise le nombre de pages pub de Glamour quand sa rédac chef incrimine la blogueuse mode dite influente dans son habitude à forniquer avec le pape Publicité-monétisation. « Il est notoire que les journalistes modes reçoivent des cadeaux en-veux-tu-en-voilà, soient invitées dans tellement d’endroits élégants et lointains qu’elles ont des journées sponsorisées et je ne parle pas des abattements fiscaux pour toutes celles qui ont une carte de presse. Alors, il serait de bon ton que Marie Lannelongue balaye devant sa porte… à moins qu’au fond, ce qui l’a fait tant flipper, c’est de continuer à perdre son lectorat et les investissements publicitaires aux profits des blogueuses modes. » Sauf que, on sait que ça en déplaira certaines, mais un magazine est une entreprise à but lucratif. Le blog mode (ou autre spécialisation), s’il devient bankable, pourquoi l’auteur se priverait de se faire de l’argent avec, tout en gardant sa ligne éditoriale entière ou au ¾ (le fameux quart qui fait chier tout le monde) ? C’est ici que les avis divergent. Nous-mêmes, sur Besnob ou sur nos blogs persos respectifs, on ajoute parfois quelques carrés de L’Oréal et autre multionationale: cela fait-il de nous des pourries de vendues ? Nous ne le pensons pas. En revanche, on aime à penser que la presse papier a toute sa légitimité à vendre quelques feuilles au grand capital pour (sur)vivre. On aimerait bien que les blogueuses arrêtent de prendre la mouche pour un édito, creux, et sans grand intérêt. Bah quoi ? Vous savez comment tourne le monde, non ?!!
Un blog dont la lecture de l’édito du dernier Glamour nous a plue, c’est Maybach Carter. Parce qu’elle dit exactement ce que nous pensons depuis belle lurette. Elle cause de la jalousie des blogueuses mode entre elles, elle cause de toutes ces nanas qui ouvrent un blog pour devenir famous en montrant leur dernier valoche Topshop, elle cause de ces Garance qui se font rares et tant mieux, elle cause de cet appât du gain qu’on voit dans les yeux de certaines. Et pourtant, on s’appelle Besnob, mais on peut vous dire : les influentes et les pas influentes, on les croise, on les observe, on les apprécie, on sourit et ce qu’on retient, c’est que les plus humbles ne sont pas forcément celles qu’on croit (enfin pas toujours, d’ailleurs, ragot : admirez Violette et La Méchante dans une soirée, c’est à se tordre de rire, et vous voulez le pire, c’est qu’on comprend les deux – qui se détestent). Voilà, juste pour vous dire : la blogo mode, on en est, mais on s’en tape le coquillard. Au lieu de jalouser les autres, faites un blog qui vous ressemble, faites de la pub si vous voulez, partagez vos vrais coups de cœur, et surtout, arrêtez de rêver cette blogosphère putasse, c’est bon un temps mais croyez-nous, la mode et ceux qui la font ne trempent pas dans les soirées logo, paroles de modeuses rienàfoutredesfillesentutu.
Dans sa réponse-lettre ouverte et directe à Glamour, Anne-So de Cachemire et Soie fait avec belle plume, raison et pertinence l’état des lieux de la blogosphère actuelle, de son évolution naturelle à ses rapports avec une presse papier condescendante à son égard. Tête froide et bien organisée, Anne-So est pour nous la première de la classe dans sa réaction au fameux édito, avec mention. Profitez bien de vos vacances, vous l’avez mérité.
Oui parce que force est de souligner que le plus irritant dans toute cette affaire, c’est le ton maitresse d’école de la rédac chef de Glamour. Dans le fond, face à un très jeune média comme celui du blog, certains adoptent le comportement de missionnaires début de siècle (presse papier paternaliste) face à ces indigènes-grands-enfants (la blogo) qu’il faut à la fois éduquer et discipliner et endoctriner, amen. Nous infantiliserions-nous pour prouver un quelconque pouvoir, une autorité, une ascendance (répugnant inceste)?
Mauvais soufflé vite retombé, cessons la vieille rengaine qui voudrait opposer des médias complémentaires plus qu’opposés, bonjour chez vous.
Edit 12h15: d’autres liens sur le sujet, pour étoffer le débat sur lequel on crache tout en le relayant, c’est vrai, c’est comme lire Voici en cachette, sauf que c’est plus trop en cachette, du coup. Attention, vous en aurez pour des heures: pour chacun de ces posts cités, des tonnes de commentaires à suivre et ce n’est pas le moins intéressant… Pierre-Jean, donc s’adresse ici aux blogueurs, avec qui il n’est pas toujours tendre. Mais aussi Petit Prunier et SaveMyBrain (d’accord avec Glamour).
Le 2 septembre 2010 - Dans Offensive sur tous les fronts