L’homme à la tête de chou, dont on garde au corps écriture couperet et « Mélody » somptueuse, spleen rythmé aux rejets de phrases volutes, occupe le devant de la scène blogueuse, cette semaine. Actualité ciné oblige. Bien entendu, BeSnob aurait pu se contenter de caresser du bout des doigts les nombreux hommages-prétextes à des séries mode exhalant qui du style Gainsbarre/Zizi/Denim qui du swinging London Birkinien, on en passe. On vous laisse faire, il en fleurit partout. Au fil de l’enquête, et partant d’ »Une vie héroïque »on s’est décidé pour des blogs qui parlent surtout de Gainsbourg, Serge.
Ça commence scolairement, avec listes des acteurs et description technique. Puis vient le vrai avis, le parti pris d’un mec (ClashDoherty) qui a plutôt aimé le film, voire adoré, mais sait le déconseiller à certains: Gainsbourg (Vie Héroïque) est fait pour les fans et les néophytes, pas pour les détracteurs. Pour résumer: un film recommandé aux fans mais que ceux qui détestent Gainsbourg détesteront. Paradoxal, est-ce à dire que Johan Sfar ne peut convaincre, tandis que le Cinéma d’Olivier est tout convaincu? Ou que Johan Sfar aurait tellement bien épousé la cause qu’il ne prêche qu’aux croyants? On est sensible ici à l’esprit passionné mais pas prosélyte, toujours estimable. Va en paix.
Justement au rayon « je ne connais de Gainsbourg et a priori qu’un billet de 500 balles parti en fumée et I want to fuck You Whitney« , Suz chez Niocsamba, avoue tout et nous propose une critique plutôt placée sous l’angle fan de Sfar. À qui elle reproche un ego tellement développé qu’il superpose à l’excès sa personnalité et celle de Gainsbourg. On a échappé de peu à Dyonisos les gars. Ok, elle s’apesantit trop sur le parallèle des origines françaises et juives, euh, limite cliché limite. Mais, bingo, la blogueuse est séduite par S.G. que le film lui a permis de mieux découvrir et miracle, Aleluia, Mazeltov, merci Johan, à aimer sa musique. Une convertie à notre église de l’esprit sensible, du faussement cynique, du vrai pudique et du tout LIBRE. Oui, quand on vous dit que Gainsbourg est pour nous divin… ( Notons: l’habile chorégraphie de Laetitia pour ne pas montrer ses seins tout en étant à poil. Quand on sait que la plupart des mâles environnants misent tout sur ces scènes, mieux vaut passer l’info sous silence si on ne veut assister à la grande messe en célibataire).
Des types vraiment pas adeptes, il en existe, bien-sûr. Souvent par méconnaissance, parce que trop jeunes pour n’avoir d’autre souvenir de Gainsbourg qu’un Gainsbarre blessé, blessant, plus seul maître à bord de son bateau ivre. Ignorant que depuis lui, la chanson française cherche encore. Que de sa capacité à créer des mélodies faciles peut-être, mais aussi efficaces, touchantes, frappantes, politiques qui traversent les décennies sans jamais lasser, nombreux ne se relèveront pas et se trouveront le Beck dans l’eau).
Et puis il y a les raffinés. Les érudits. Les renseignés et d’une certaine manière qui leur est propre (bien qu’aux relents pestilentiels et réactionnaires), les talentueux détestants. Le Chouans des Villes fait partie de ceux-là, qui semblent dénoncer ce qui paraît finalement être leur fond de commerce. L’élégance de clochard céleste= vulgaire, la provocation= artificielle, l’ afféterie= coquette, la posture dandy= imposture, l’art= une pose. S’il décrit à la perfection l’apparence de Gainsbourg, c’est pour mieux la trainer dans la boue à grand renfort de citations, des tombereaux de citations, des citations à qui mieux mieux, qui ont pour effet de créer autour de la critique ce même nuage de poudre de perlimpinpin (magie gadget) reproché à Gainsbourg. Le serpent de l’Eden se mordant la queue… (Et pas dans le sens vivant où l’entendait l’érotique Gainsbourg).
Et vous, comment percevez-vous Serge Gainsbourg ?
« Un anarchiste de salon, un artiste qui n’a pas la sincérité de Brassens », dixit un sexagénaire aux avis sévèrement tranchés.
Un mec libre à qui l’on reprochait « d’être lui-même, malgré la médiatisation et les critiques. Un personnage provoc’, qu’il assumait parfaitement », répond cet étudiant d’un ton assuré.
« Un gars charmant qui aurait dû arrêter la Gitane » et qui, ajoute joliment ce promeneur, « avait un talent dans la tête. »
Sur le blog Chanson Française, on accède enfin à un sujet sur Gainsbourg anglé autrement que sur le déjà indigeste duel biopic/mimétisme… Les langues de bourge se délient, le micro-trottoir avec les voisins et habitués de la rue de Verneuil, c’est ici. (Le nouvel ennemi public n°1 du Fanclub Officiel de Serge le voisin de tous les Français est dans la vidéo, sauras-tu le reconnaître et lui éviter les mêmes ennuis qu’au Dr Delajoux ?
Une énième critique du film ? On déconne. Ne pas contrarier le lecteur le jour du Colin au fenouil. En revanche, un bref retour sur l’une des facettes de Gainsbourg qui a le plus fait couler d’encre : l’obsédé textuel. « Souvenez-vous, l’amour physique est sans issue, avait écrit Gainsbourg. Par dérision, par provocation, il ne l’en a pas moins décliné sur tous les tons. Et ne s’est jamais privé, bien au contraire, de chanter l’érotisme, la sensualité et autres fantasmes lubriques.» Coney Island Baby, dis-nous tout : Quelles sont les chansons au verbe audacieux et aux rythmes insolents sur lesquelles tu aimes oublier le temps qui passe, et pour quelles raisons ?… Des salopes des brunes des blondes sur No Comment, l’inversion sexuelle (c’est tout de même plus chantant nommé ainsi) avec Je t’aime… moi non plus, Love on the beat, la délicieuse France Gall et ses sucettes, La Décadanse et enfin, Mickey Maousse qui découvre les joies du plaisir solitaire. Ouf, la liste se termine, nous avons frôlé la catastrophe ! (si vous en voulez encore, monsieur a encore d’autres chansons dites « cul » sur le feu, enfin sous la main. On s’est comprises.
« Je n’ai pas aimé, j’ai adoré ! » Bénédicte de Publikart n’est pas de celles qui ont Conté amèrement petits trous et pleuré pièces d’euros pendant la projection. Le film fantasmé depuis des semaines l’a tellement envoûtée qu’elle le proclame « véritable chef-d’œuvre. Je pense même qu’il va devenir un film-culte. » A ce point-là ? Ah, on nous dit dans l’oreillette de lire le paragraphe suivant : « Mais il est vrai que je suis fan de Gainsbourg. Si on n’aime pas le personnage de Gainsbourg, sa musique, s’abstenir. Si on aime Gainsbourg, on se régale. » On te croit sur parole. Après l’euphorie viennent les anecdotes du tournage, toujours bonnes à prendre pour la séquence « Que Sais-je ? » dans la file d’attente. 1/ « Au départ, Joann Sfar voulait que ce soit Charlotte Gainsbourg qui joue le rôle de son père. Mais au bout de plusieurs mois, elle a refusé. 2/ Eric Elmosnino fait revivre Gainsbourg de façon hallucinante. Il n’était pas super fan de ce chanteur, et du coup, il a réussi à l’imiter avec beaucoup de naturel et d’élégance. Car il était très élégant, Gainsbourg. 3/ Eric a perdu 10 kg pour ce rôle. Il paraît qu’il fallait 5h de maquillage pour arriver à ce résultat parfait. »
Et maintenant ? Adieu Créature, ouvrez la platine !
Gainsbourg est notre dieu propre génial cradingue virtuose ciselé libre et terriblement plus désirable que tous les pseudo dandys de Paris et de Navarre réunis. MERDE AU BON DIEU ET ON AIMERA LES NÔTRES !!!
Crédit photo: Verve Music Group.
Le 24 avril 2007 - Dans Cheap ou chic ? (#5)